Au-delà de la pandémie

Alicia Paredes Nolasco

À quoi ressembleront nos vies après la pandémie ? Comment les comportements humains, sociaux en seront-ils modifiés ? Est-ce que quelque chose changera dans notre manière de voir le monde ? Les réponses à ces questions sont variées, et je ne mentionnerai ici que trois aspects à partir desquels nous pouvons commencer: le concept de nouvelle normalité indique que nous sommes entrés dans une nouvelle phase. La normalité, celle d’avant la pandémie, peut être rétablie ou non, mais il existe également la possibilité que quelque chose de totalement nouveau émerge. Une possibilité qui n’exclut évidemment pas son homologue : l’émergence d’un monde pire encore que celui d’avant (voir Fernández-Jardón et Velasco 1).

Ceux d’entre nous qui ont traversé une période de confinement sévère savent bien que quelque chose a changé pendant cette pandémie; cependant, il n’est pas si facile d’identifier exactement ce qui a changé. Au niveau de nos relations interpersonnelles, la sensation de danger liée au contact physique est restée gravée dans la mémoire du corps, je le remarque dans les pas qui m’éloignent de ceux qui marchent à côté de moi, je le confirme quand je me sens en danger en voyant quelqu’un éternuer, transpirer, tousser, ou même seulement passer à côté de moi. Ce sentiment ne disparaît pas. Le masque et les gants sont devenus des accessoires incontournables.

Dans ce contexte, nous pouvons dire que la question de savoir si quelque chose changera, ou non, après la pandémie porte ses nuances, au singulier et au pluriel. Un changement dans le comportement des citoyens ainsi qu’un changement de l’État envers ses citoyens sont attendus, mais la manière dont cela pourrait bien se produire est encore incertaine. Peut-être même que les choses ne changeront pas, surtout si la pandémie actuelle ne sert pas à dynamiter le problème émergent: l’urgente question de la manière dont la vie biologique habite la communauté politique.

Développer cette thèse, au sens large, signifie deux choses: 1) considérer que la nature, ce concept qui place l’humanité et l’écologie au niveau de la vie biologique, n’est pas un facteur extérieur à la communauté politique mais plutôt inhérent à celle-ci : l’humanité ne représente pas une condition privilégiée; 2) qu’un État-Providence solide doit être appréhendé depuis cette même perspective, c’est-à-dire qu’il ne doit pas se limiter à valoriser la vie qualifiée, excluant à nouveau de son agenda politique la vie biologique sous toutes ses formes.

Les leçons non-apprises en chemin vers une nouvelle normalité

1.- La pandémie, qui porte dans son épiderme le symptôme d’un désastre écologique, a jusqu’à présent été complètement éclipsée par la crise financière, annonçant un panorama sans espoir au niveau mondial.

2.- Une nouvelle vie collective qui porterait l’empreinte de l’auto-prise en charge accentuerait gravement les inégalités : le coût supposé serait celui de l’abandon de l’État.

3.- Le COVID-19 doit sa propagation accélérée en partie à la mobilité internationale : les aéroports, lieux de forte concentration de personnes et de mobilité, ont été parmi les premiers services à suspendre leurs opérations. Je me trouvais, jusqu’au 2 mai dernier, en Espagne. J’ai décidé de prendre un vol extraordinaire pour rentrer, dans un contexte tout aussi extraordinaire, autant pour le pays de départ que pour celui d’accueil : les deux pays traversent des périodes différentes de la crise, et gèrent la pandémie de façon différente. Le taxi qui fait la navette jusqu’à l’aéroport est équipé d’une bâche en plastique qui sépare le passager du chauffeur. Le chauffeur porte un masque FFP2 et des gants; je porte des gants et un simple masque. A mon arrivée à l’aéroport, je suis accueillie par deux gardes, qui me demandent de leur montrer ma réservation, puis on m’invite à rejoindre une file, un mètre et demi plus loin. Dans cette file, il y a plus de 100 personnes avant moi. Après deux heures trente d’attente, nous arrêtons d’avancer : une employée se met à appeler un certain nombre de passagers et les autres doivent continuer d’attendre. Je quitte la queue et demande la raison du retard et de l’étrange priorité donnée à certains passagers. On m’informe alors que le vol est survendu et qu’ils n’ont plus de places : que va-t-il m’arriver, si j’ai un vol confirmé? On m’envoie alors vers une zone où d’autres personnes attendent, elles aussi, une chance de voler cette nuit-là. Les employés exigent que les passagers gardent leurs distances, et la plupart d’entre nous nous déplaçons d’une fenêtre à l’autre, essayant de trouver une place assise sur le vol; l’attente s’est transformée en chaos. Plus tard, j’ai réussi à trouver une place. Toutefois, les choses ne se sont pas arrangées lors de l’embarquement : deux files se sont formées, sans aucun respect des distances sanitaires ; en entrant dans la cabine, il n’est pas étonnant de se rendre compte qu’il n’y a pas un seul siège vide, et quelques passagers n’ont même pas de protection. Pour entrer dans la cabine, ils ne font que prendre notre température. Après 15 heures avec le même masque et les mêmes gants, je décide de m’en débarrasser à l’atterrissage au Mexique. A l’atterrissage, j’ai contacté le personnel pour demander un masque, mais on me répond qu’ils ignorent quelle est la personne en charge de cela, et on m’oriente vers une autre personne qui me dit qu’ils n’en ont plus. Un vol survendu, l’attente inutile des passagers dans la salle d’attente avant l’embarquement, le manque de mesures de sécurité non seulement en termes de distance pendant le vol mais également en termes d’hygiène. Cela fut un vol extraordinaire : comment contrôler la pandémie, comment éviter une nouvelle flambée, si les conditions de voyage international n’y sont pas propices?

4.- La durée de récupération d’un virus hautement contagieux dépendra des mesures prises face à la nouvelle normalité. Et il n’y aura peut-être pas d’après la pandémie, il n’y aura peut-être pas de prochaine pandémie.

Puebla, le 13 mai 2020


Fernández-Jardón, Francisco, y Juan Carlos Velasco, “Crisis pandémica y aceleración de la historia”, en  https://theconversation.com/crisis-pandemica-y-aceleracion-de-la-historia-136171

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